

On n’a jamais eu autant d’outils pour préparer un voyage, et pourtant beaucoup de voyageurs ont l’impression d’avoir déjà tout vu avant de partir. Reels, TikTok, avis en ligne : la destination défile sur l’écran bien avant le départ. Selon une enquête de l’application Hint menée auprès de plus de 10 000 adultes dans le monde, 68 % des voyageurs disent avoir déjà ressenti cette familiarité en arrivant sur place. Le problème ne vient pourtant pas des réseaux sociaux eux-mêmes, plutôt de la manière dont on les utilise avant et pendant le séjour.
Instagram, TikTok et les autres plateformes interviennent désormais avant, pendant et après le voyage : elles inspirent, orientent le choix de destination, aident à préparer le séjour, puis servent à le raconter une fois rentré. La Commission européenne cite d’ailleurs explicitement les réseaux sociaux parmi les technologies qui pèsent le plus sur la transformation numérique du tourisme.
TikTok est aussi devenu un outil de recherche pour certains voyageurs, qui y recherchent directement le nom d’une ville accompagné de termes comme « spot secret » ou « bon plan ». Selon un rapport American Express Travel, 75 % des voyageurs interrogés déclarent utiliser les réseaux sociaux pour s’informer ou trouver l’inspiration pour leurs voyages. Le format vidéo donne une impression concrète de connaître un lieu avant même d’y avoir mis les pieds. Une étude parue en 2026 dans le Journal of Research in Interactive Marketing confirme d’ailleurs l’influence des contenus des réseaux sociaux sur les voyageurs : elle montre que ces contenus donnent vraiment envie de revenir sur place ou de recommander la destination.
Les algorithmes répètent les mêmes lieux, les mêmes angles, les mêmes filtres. Entre Reels, TikTok, vlogs et Pinterest, un voyageur peut visualiser un monument sous des dizaines d’angles différents sans jamais avoir quitté son canapé. Il existe une vraie différence entre s’informer pour bien préparer son séjour et tout visualiser à l’avance, au point de ne plus rien découvrir sur place.
Oui, une consommation importante de contenus avant le départ peut réduire l’effet de découverte, mais les réseaux sociaux ne suppriment pas toute surprise pour autant. Ils influencent surtout les attentes et la représentation que l’on se construit d’une destination.
Une enquête de l’application Hint, menée auprès de 10 684 adultes en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Amérique latine, le confirme : 68 % des voyageurs ont déjà eu l’impression de connaître une destination inédite tant ils en avaient vu de contenus en ligne, et 74 % estiment avoir tellement préparé leur séjour qu’il ne reste que peu de surprises une fois sur place. Pour Céline Walter, professeure de marketing touristique à l’école Tunon citée par Le Figaro, cette évolution ne signifie pas que les voyageurs se renseignent plus qu’avant : la préparation d’un voyage a toujours existé, c’est surtout l’exposition visuelle qui a changé d’échelle. Le sociologue John Urry, dans The Tourist Gaze 3.0, ouvrage coécrit avec Jonas Larsen (Sage Publications, 2011), avance que le désir de voir un lieu se construit avant même d’y arriver, à travers les images déjà vues et les récits déjà lus.
Quand on a déjà visionné dix vidéos du même point de vue, l’anticipation visuelle prend le pas sur la découverte. La même enquête Hint le confirme : 64 % des voyageurs disent reconnaître des lieux avant même d’y être allés, simplement parce qu’ils les avaient déjà croisés en ligne. Le voyageur ne découvre alors plus totalement le lieu : il reconnaît en partie des images qu’il a déjà vues en ligne, ce qui peut atténuer la sensation de nouveauté.
Le cadrage change souvent tout, comme le montrent ces trois exemples :
| Destination | Ce qu’on voit sur les réseaux | Ce qu’on découvre sur place |
| Trolltunga (Norvège) | Un randonneur seul face au vide | Plusieurs heures d’attente pour la même photo |
| Bali, temple de Lempuyang | Une étendue d’eau devant le temple | Un effet de miroir photographique, sans eau réelle |
| Cinque Terre (Italie) | Des ruelles colorées désertes au lever du jour | Des groupes de visiteurs dès l’après-midi |
Pour Didier Arino, directeur général du cabinet Protourisme, également cité par Le Figaro, cette influence reste à nuancer : les réseaux sociaux prennent la suite de ce qu’étaient autrefois le cinéma ou la presse, et une destination est souvent révélée par un film ou une série avant que les plateformes n’en accélèrent la popularité. Le réseau social serait donc rarement à l’origine d’un engouement, plutôt dans son amplification.
Les algorithmes favorisent les contenus qui ont déjà bien fonctionné, ce qui pousse les créateurs à reproduire les mêmes tendances et les mêmes lieux. S’ajoute la peur de manquer quelque chose, qui pousse certains voyageurs à vouloir la même photo vue défiler des dizaines de fois.
La frontière entre vivre une expérience et la documenter s’est brouillée. Certains voyageurs passent plus de temps à chercher le bon angle qu’à profiter du moment, ce qui interroge sur ce que l’on vient réellement chercher en voyage.
Pas seuls. Comme le rappelle Didier Arino, les réseaux sociaux accélèrent et concentrent une tendance sans nécessairement la créer : les foules existaient avant Instagram. Face aux conséquences du surtourisme, l’ONU Tourisme recommande surtout de mieux répartir les visiteurs dans le temps et dans l’espace plutôt que de miser sur des mesures ponctuelles. L’influence des plateformes ne s’arrête d’ailleurs pas au choix des lieux : la géolocalisation sur les réseaux sociaux peut aussi avoir des conséquences sur la sécurité et la fréquentation de certaines destinations. Nous avons détaillé les mécanismes du surtourisme et les alternatives moins fréquentées dans notre article dédié : comment voyager sans nourrir le surtourisme.
Les mêmes plateformes qui concentrent les foules sur certains spots permettent aussi de dénicher de petites destinations ou des adresses locales qu’un voyageur n’aurait jamais trouvées autrement. Céline Walter cite ainsi l’exemple de l’Albanie, dont la visibilité récente sur les réseaux a contribué à changer son image et à détourner une partie des flux touristiques des sites déjà saturés. L’Albanie fait d’ailleurs partie des destinations émergentes à considérer pour choisir sa prochaine destination cette année.
Retours d’expérience récents, visualisation concrète des distances et de l’ambiance d’un quartier, conseils pratiques glanés dans les commentaires : les réseaux sociaux rendent la préparation plus vivante, à condition de croiser ces informations avec des sources officielles pour tout ce qui touche à la sécurité ou aux formalités.
Les réseaux sociaux peuvent donc être une excellente source d’inspiration, à condition de ne pas tout découvrir avant le départ. Voici les principaux réflexes à retenir pour préserver une part de surprise en voyage.

Plutôt qu’un vague conseil de « limiter sa consommation », chez Itinéraires Astucieux, nous conseillons de garder environ 30 % du séjour volontairement ouvert, avec une méthode concrète pour y arriver.
| La règle 70/30 d’Itinéraires Astucieux 70 % du voyage peut être préparé à l’avance : transport, logement, réservations importantes, sécurité, incontournables. 30 % reste volontairement libre : restaurants, petites visites, promenades, points de vue, rencontres. |
Le budget mérite lui aussi d’être posé à l’avance : mieux vaut préparer un budget vacances réaliste avant de partir plutôt que de le découvrir sur place.
L’essentiel tient en quelques lignes, qu’il s’agisse de réserver un hébergement ou d’organiser une excursion :
| À rechercher avant de partir | À éviter de trop regarder |
| Sécurité et recommandations officielles | Photos détaillées de chaque lieu |
| Formalités et visas | Vidéos POV d’une visite complète |
| Transports sur place | Visite intégrale de l’hôtel |
| Réservations obligatoires | Menus de tous les restaurants |
| Horaires d’ouverture | Itinéraires minute par minute |
| Budget et contraintes locales | Classements systématiques « les 10 meilleurs… » |
Pour ne rien oublier de tout cela, une liste détaillée reste le meilleur réflexe : préparer son voyage sans rien oublier.
Non. Le problème n’est pas de regarder les réseaux sociaux avant un départ, mais de vouloir supprimer toute incertitude. Une bonne approche consiste à préparer ce qui peut réellement gâcher un voyage s’il se passe mal (sécurité, logement, transport), et à laisser volontairement une part d’inconnu à tout ce qui peut le rendre mémorable.
Instagram et TikTok peuvent donc inspirer votre prochain voyage sans le gâcher. La bonne mesure ? Préparer ce qui doit l’être, puis laisser volontairement 30 % du séjour à l’imprévu. Après tout, les meilleurs souvenirs sont rarement ceux que l’on avait déjà vus défiler sur son écran. Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir nos prochaines astuces de voyageurs malins.
| Sources citées : enquête Hint (2026, via Euronews ; voir avertissement en tête de document sur la nature réelle de cette app), eDreams ODIGEO/Opodo (communiqué officiel, 2024), American Express Travel (communiqué officiel, 2023), John Urry et Jonas Larsen, The Tourist Gaze 3.0 (Sage Publications, page éditeur), ONU Tourisme, propos de Céline Walter (école Tunon) et Didier Arino (Protourisme) reformulés et attribués au Figaro. |
Oui. Selon un sondage mondial d’eDreams ODIGEO (maison mère d’Opodo), mené par OnePoll en avril 2024 auprès de 9 000 personnes dont 1 000 Français, environ un tiers des Français déclarent choisir leur destination sous l’influence de contenus vus sur les réseaux sociaux.
TikTok donne de bonnes idées et des retours d’expérience récents, mais les informations pratiques (horaires, prix, formalités) doivent toujours être vérifiées auprès de sources officielles.
Il y contribue en concentrant l’attention sur un nombre restreint de lieux, sans en être la seule cause : la fréquentation de certains sites était déjà élevée avant l’essor des réseaux sociaux.
En appliquant la règle 70/30 : préparer l’essentiel et laisser volontairement une partie du séjour sans itinéraire précis.
En suivant des créateurs locaux plutôt que les comptes les plus viraux, et en explorant les commentaires, souvent riches en bonnes adresses moins connues.


